Vie et mort d'un groupe de punk-rock à Marseille (La marseillaise - Mars 2003)
D'octobre 98 à mars 2003, l'aventure n'a pas duré cinq ans : ce
soir à la Machine à Coudre, le groupe de punk-rock marseillais
Gasolheads se saborde en pleine gloire. Avis de décès.
C'est un choc : à la surprise générale, les Gasolheads inscrivent ce soir un point final à leur histoire. Un dernier concert programmé dès ses débuts par le groupe, mais une fin incompréhensible pour nombre de ses fans, tant la réputation du quatuor allait grandissant dans l'Hexagone. Un concert d'adieu pour rester fidèle à un idéal (" Punk-rock ! "), et donner l'exemple jusqu'au bout. En jurant qu'au travers des Jacket Chrome et Neurotic Swingers, on entendra encore parler d'eux. Pour solde de tout compte, épitaphe du groupe de rock qui permit à Marseille d'entrer dans ce siècle.
Bilan comptable :
Guillaume (batterie), Nico Matlock (basse), et la fratrie Escobar : Pascal Pachuco
(guitare) et Olivier Gasoil (chant). Musiques de Pascal, paroles d'Olivier ;
le tout structuré à quatre. Première répétition
en octobre 98, premier concert le 2 avril 99 à la Machine à Coudre
(déjà). En cinq ans, trois albums (Fuel stereo Shit, Sixty second
swingers et Lying shooter position, chez Lollipop) aux pochettes illustrées
(Thierry Guitard, Thomas Ott), une flopée de 45 tours (chez Rockin'Bones,
Lollipop, Yakisanaka et Dead Beat Records), plus divers morceaux sur compils,
et 130 concerts, partout (France, Belgique, Croatie
) sauf aux States (gros
regret). Les ventes ? Que dalle. Mille exemplaires de chaque ?
Trois accords
La musique des Gasolheads ? Un punk-rock garage actuel gardant en permanence
l'année 77 dans son rétroviseur. Un cri lugubre surgi d'ailleurs,
un riff de guitare, un couplet, un refrain et basta. Olivier : " Aucun
morceau de plus de 2 minutes, pas de solo de plus de 30 secondes, pas d'intro
de plus de 5 secondes. Pour garder le truc près de l'os ". Pascal
: " Un morceau de punk rock de plus de 2'30 est un morceau expérimental,
ou pire, atmosphérique ". Les paroles ? " Everybody hates boredom
/ And the times they ain't changing / Everybody hates losers / Today is no situation
/ Seventeen's cruel / Seventy's too / There is no age for a bad situation /
Seventeen's cruel / Seventy's too " (Bad situation, sur Lying shooter position).
Marseille, rock city ?
Depuis trois ans, les frangins Escobar sont membres actifs de Ratakan Connexion,
qui fait vivre le petit milieu d'amateurs marseillais à l'aide d'une
programmation pointue et soignée. Histoire de " faire vivre le rock
ici, et faire venir les groupes qui nous plaisent ! ". Lieu d'accueil mythique
à Marseille, la Machine à Coudre les pleure déjà.
Philippe, son patron : " Avec les Gasolheads, ça ne chipote jamais.
Si une scène rock existe aujourd'hui à Marseille, c'est grâce
à eux ! Ils ont été très interactifs, avec beaucoup
d'échanges de groupes reçus ici. Leur séparation ? Franchement,
je ne comprends pas
C'est dommage, ils étaient largement reconnus,
maintenant. Merde ! ".
Courrier de fans
François Devred, alias M. Live-in-Marseille : " L'exemple même
du groupe qui se bouge pour faire bouger les choses plutôt que se lamenter
sur son sort. Une production discographique riche, soignée, variée
: leur dernier album est relativement grand public, il aurait mérité
d'être poussé par les médias. Et assurément un de
mes groupes préférés en concert ! ". Stéphane
Sandorf, aka Mystic Punk Pinguin : " Les Gasolheads ? Le meilleur groupe
du monde : l'essence du rock'n'roll, et des putains de poseurs ! Je les ai rencontrés
au lycée : Bleifrei, le premier groupe des frères Gasoil (avec
Stéph de Lollipop), m'a fait découvrir les Stooges (I wanna EAT
your dog
) : qu'ils en soient éternellement remerciés. Ce
qu'en disent mes amis ? Stéph, tu fais chier avec tes Gasolheads ! ".
Paroles de têtes de fioul.
Depuis le début de l'odyssée, les têtes de fioul (traduction
littérale) ont annoncé qu'ils ne dureraient pas. Pascal : "
Il n'y a rien de plus insupportable que de voir un groupe dont le premier disque
t'a marqué faire des choses plus calmes, ou différentes. On n'est
pas contre l'idée d'évolution musicale, hein ? Mais pas au sein
d'un même groupe ". Olivier : " Quatre ans, quelques singles
et trois albums, ça suffit largement. On a bien rigolé comme ça,
on a fait ce qu'on avait à faire, et on n'a pas envie de faire plus de
toute façon. On ne va quand même pas préparer un quatrième
album, non ? On n'est pas Supertramp, bordel ! ". Les deux : " Les
Gasolheads sont la concrétisation de nos rêves d'ados ".
Playlist
La discothèque des Gasolheads ? Sex Pistols, Ramones, Heartbreakers,
Saints, Richard Hell, New Bomb Turks, Devil Dogs, Pagans, Dead Boys, Stitches,
Distractions, Cowboys from Outerspace, Modern Lovers, Subsonics, Reatards, Lost
Sounds, Briefs, Neurotic Swingers, Ripoffs, Lazy Cowgirls, Holy Curse, Jerky
Turkey, Weak, Jerry Spider, Exxon Valdez, TV Men, Dare Dare Devil, BDKay, Dum
Dum boys, Man Made Monster, Backsliders, Booboo's, Junior Merrill, Jakes, Magnetix,
Hellacopters, TV Killers, Deniz Tek, Freddy Lynks, Zodiac Killers, Groovie Ghoulies
et Guitar Wolf. Entre autres, bien entendu.
Last exit
Il faut voir les Gasolheads en situation de travail. Guillaume secouer ses dreadlocks,
Nico jouer les imperturbables, Pascal se prendre pour Johnny Thunders et Olivier
devenir fou : tout le contraire de ce que ces agréables garçons
sont dans la vie. Pascal : " C'est terriblement ennuyeux un groupe sur
scène qui n'est ni looké ni barré. Il faut tout casser
sans se prendre trop au sérieux ". Pour la dernière fois
ce soir, donc. Dernier message ? " Ecris bien qu'on emmerde Philippe Manuvre
! ". Le mot de la fin ? François Devred : " Rock'n'roll jusqu'au
bout. Sortie par la grande porte. Total respect ". Tout est dit.
Dominique KELLER