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Samedi 26 Avril 2008 - 20h30 - Dock des Suds - Marseille

The Lurid Yellow Mist - Nick Cave & The Bad Seeds

 

Le passage de Nick Cave à Marseille se faisant à une fréquence à peine supérieure à celui de la comète de Halley dans notre système, pas question de rater le crooner déginguandé, quand bien même il faudrait se le farcir en étant à peine remis émotionnellement d'une soirée avec Daniel Darc... Et même s'il fallait aller jusqu'au Dock des Suds. Force est de reconnaître que celui-ci est désormais bien desservi puisqu'on peut l'atteindre en métro et même en tram - moins de 10 minutes à pied - ceci était la minute écolo de l'amateur de concerts. Or donc, Nick Cave. 14 albums au compteur paraît-il (on n'en connait bien qu'une grosse moitié), 21 ans écoulés depuis qu'à 12 ans on l'a découvert et tout de suite aimé via Wim Wenders, dans une cave berlinoise où l'ange Bruno cherchait l'angélique Solveig...

En première partie, un trio country-blues un peu maniéré mais plutôt sympa dans son genre, The Lurid Yellow Mist. Plus sympa en tout cas que le type grossier qui criait "merci, au revoir !" entre chaque chanson et à qui on aurait volontiers arraché un testicule. Bref, ça ressemblait un peu à Blanche, avec en outre une jolie voix à la Burt Bacharach (on y a pensé à cause de la musique). Sur les 25 minutes entendues, pas d'ennui même si on entendait assez mal la guitare électrique - dans l'ensemble et grâce à cette voix suave, c'était assez frais, voire plaisant. La salle se remplit, mais pas complètement on dirait... Les gens de cette ville n'ont donc vraiment pas de goût en rock, maintenant c'est sûr, exception faite (bien sûr) de ceux qui sont allés au raout mensuel de Relax'n'Co, ou à l'Embob', ou encore écouter Rona Hartner... bon d'accord, il y avait plein de choses ce soir-là !

Bref, après la mise en place de ses 6 mauvaises graines (dont 2 batteries et un percussionniste - ça va cogner!), Nick Cave arrive rapidement sous une belle ovation, moustache et cheveux longs gardés depuis la passionnante expérience de Grinderman. Il attaque d'ailleurs avec la chanson qui en porte le plus la patte sur l'album Dig !!! Lazarus, Dig !!! : welcome into the Night of the Lotus Eaters. Ou comment poser une belle ambiance d'entrée avec des bruits terrifiants... avec en appui Today's Lesson qui redonne temporairement une coloration plus pop-rock (on remarque que même en chantant parfois faux, ce type arrive à sonner toujours ... juste). Ambiance ensanglantée ensuite avec la gothissime Red Right Hand, une de nos all time favourites, sur fond rouge sang et avec pétages de plombs à la fin - ça commence vraiment très fort !

Puis le héros prend sa guitare pour Dig, Lazarus Dig - on remarque que son très chevelu et barbu guitariste Warren Ellis (mi-Seb Tellier, mi-Paulo Furtado), joue les riffs et soli sur... un violon ! D'ailleurs le reste du temps il jouera sur d'amusantes guitares miniatures (ukulele electriques ?). Tempêtes, tonnerre, retour d'une basse aqueuse et lancinante... voici la furieuse Tupelo, arghh ! En comparaison Midnight man et ses orgues sont tout de même moins prenants, tout comme la balade qui suit - c'est le moment de s'échapper au bar, étape qu'on a séchée depuis le début pour ne pas tout rater (on sait par expérience qu'on y attend vite 10 à 15 minutes dans cette salle).

We call upon the Author to explain a un côté blues sale et parlé qui, là encore rappelle le disque au singe vert - on l'aime, surtout avec son pont crado au milieu... et on danse en rythme ! A l'occasion d'un petit raté de départ, Nick Cave présente sans façon ses musiciens tous plus mythiques les uns que les autres, comme si c'était des marchands de cravate anonymes, avant d'enchaîner sur la plus dansante encore Lie down here and be my girl - typiquement ce genre de phrase qui marche peut-être pour les rock stars, hélas pas trop pour les mecs comme moi... Et vous ? Jesus of the Moon a beau être dans la tendance balade crooner dans laquelle Nickie nous intéresse souvent moins... comme Warren la bête velue est a la clarinette, ça sonne plutôt très beau, belle redécouverte en direct donc !

Suite avec une vraie vieille dame, Deanna, certes quelques heures de vol mais aussi de beaux restes - certaines de nos amies deviennent hystériques devant nous (on apprendra plus tard qu'elles étaient pratiquement en train de se battre avec une blonde qui leur pompait l'air). Puis une chanson que je prends pour Baby I'm on fire, alors que, non (et je ne sais pas ce que c'était, juste qu'il y avait un gong et que c'était plutôt furibard...) Pas plus d'ailleurs ne retrouvè-je le titre de la suivante, avec des échanges de wow wow (faites-en des chroniques vous aussi !)... La série se conclut avec la plutôt faible More news from Nowhere, et un premier départ après à peine 1 heure 15 - mal parti pour les 2 h 15 annoncées par la rumeur !

Les divers et courts rappels, où le grand mince au regard fou revient avec un T-shirt à l'effigie de sa ville, seront composés de pas mal de choses pas trop identifiées : un blues où il fait reprendre Oh Mama au public, dans un sketch plutôt marrant, une à la guitare parlant d'un homme qui pleure (mourning man ?), et la très lancinante, crade et donc plutôt formidable Hard on for Love (dont j'avais oublié l'existence). Très joli passage ensuite, la balade Into my Arms avec Nick Cave seul au piano. Et en dernier rappel à la demande d'un public chaud bouillant, un blues non identifié, à la fin très noisy et chouette (Stagger Lee bien sûr, merci Sami !)... mais hélas c'est déjà terminé, en un peu moins de deux heures. Manquait donc le dernier rappel qui nous eut envoyé au paradis, avec au moins une chanson mythique en plus...

Car même si le bonhomme était plutôt sympathique, on reste quand même salement frustré de nos Wild Roses - son ami et compère de toujours Mick Harvey qui imite si bien Gainsbourg, choristes sexy à l'appui, sur ses albums solos, ne connaît-il donc aucune nymphette corback qui aurait pu prêter sa voix pour ce duo mythique ? Pas plus qu'on aura entendu The Carny, pour nous et comme on dit par ici, à jamais la première, ni la mythique The Mercy Seat magnifiée par Johnny Cash... ou encore les insupportables et drôles 12 minutes de Baby I'm on fire dont rêvait certaine psychopathe qui vit avec nous.

Mais bon, il faut bien grandir un peu : comment pourrait-il résumer 25 ans de carrière (et de notre vie) en deux heures ? Trois jours après, l'impression est donc agréable mais pas délirante sur ce concert par ailleurs très (trop) propre et très (trop) carré, aisément transposable à Dusseldorf ou à Firenze en changeant un mot... Alors pour conclure, même si tout le show n'a pas tenu le rythme de son entrée sur les chapeaux de roue, on a tout de même barré un nom sur notre liste "à voir avant de mourir", d'autant qu'on on se réjouit de revoir le grand escogriffe et son pote barbu dans Grinderman, le Rémouleur, annoncé live aux Eurockéennes... Chérie, ça va couper.

Live report paru initialement sur Live in Marseille.

Philippe


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