Ce soir, une chance inouïe de replonger en adolescence : Empyr et son émeute pacifique ! Un groupe avec des vrais morceaux de Kyo, Vegastar et Pleymo dedans, ça ne se refuse pas ! Bon, pour être tout à fait honnête c'est pas vraiment ma came, ces p'tits groupes faits par des jeunes et pour des jeunes (ça c'est rien) mais qui en plus, passent à la radio et à la télé (Ca par contre, c'est a priori un comportement hautement suspect). Et puis non en fait, après vérif', ces gars-la sont trentenaires comme vous et moi, y'a pas de raison qu'ils soient mauvais, eux aussi avaient 15 ans quand Kurt Cobain s'est envolé...
En plus il a arrêté de pleuvoir, pas d'excuse valable donc pour planter LiveinMarseille et culpabiliser ensuite ! Une rapide chevauchée de Couguar et j'arrive donc au Cabaret Aléatoire vers 21h30, où j'apprendrai que j'ai raté Curtiss qui a pourtant plutôt bonne presse, selon des chroniqueurs à bonnet en qui j'ai toute confiance. J'en suis d'autant plus désolé que j'ai entendu un jeune garçon à la sortie dire qu'il avait préféré la première partie à la seconde... Bref, ce soir le joli Cabaret est dans une configuration subtilement réduite et pourtant largement pas pleine - d'après mes estimations, 120 personnes environ (ça aurait tenu au Poste à Galène, et au rez-de-chaussée encore, mais bon). Public assez jeune, genre lycéen / étudiant et quelques croulants curieux de mon acabit.
3 ou 4 ans après avoir joué à l'Olympia et au Dôme, on peut remarquer que la hype Kyo est donc méchamment retombée. Serait-ce parce que le public en veut toujours à Benoît Poher pour ses déclarations assez déplorables sur la loi DAVDSI ? Pour un tel motif, ce serait plutôt chouette, mais je pense juste que cette mayonnaise-ci a moins bien pris que l'autre... 21h40, y'a pas de bière mais que de la Despé' (boaf), intro de choeurs sympas de style BO d'Akira - quelques jeunes filles crient, et les voilà sur scène - toutes les jeunes filles hurlent. Ils se sont noircis la gueule et les habits à la suie et arborent fièrement leur look grunge/crado, pourquoi pas ? Avec sa frimousse sale, le chanteur ressemble quand même plus à Denis la Menace qu'à Trent Reznor...
Début du concert, je sais hélas presque tout de suite que je ne vais pas aimer. Musicalement, grosses guitares et batterie, mais pas vraiment de riffs percutants ni de mélodies marquantes, plutôt un bruit constant, en clair ni vraiment puissant ni vraiment agréable. Ca sonne un peu tout pareil pendant au moins trois chansons... Côté chant, ledit Ben arbore un style énervé avec micro tenu vers le haut tel un braillard hardcore, mais largement trop variété à mon goût et avec des paroles inaudibles - les quelques passages où il hurle sont finalement les plus agréables.
Quant au guitariste blond à dreadlocks, il a une attitude franchement naze et surjouée, une Telecaster ne suffisant pas forcément à faire de vous un musicien en place. En fait le chanteur et ce guitariste se la pètent au delà du raisonnable, avec une gestuelle outrancière qui passerait sans doute dans une grande salle, mais fait juste... un peu ridicule ici. Pour les autres, rien à signaler de particulier. Quand Ben se met torse nu (mon dieu, comme Iggy Pop ?!), une minette crie "à poil !", ma voisine (une vieille d'au moins 25 ans) s'esclaffe et je sens le fou-rire me gagner devant ce torse viril. Manquerait plus qu'il perde son froc trop serré, avec toutes ces jeunes filles qui ne peuvent pas avoir toutes vu le Loup ... En tout cas physiquement il m'attire nettement moins que l'Iguane, je dois dire...
Mais bon, c'est pour leur chanson March On, un de celles de myspace, écoutable à la rigueur pour son côté vaguement Alice in Chains, suivie hélas par une balade assez inepte. Et LE tube du groupe, New Day qui s'avère pas déplaisante mais pas vraiment géniale non plus, disons que ma tête et mon genou remuent vaguement en rythme, tandis que les quelques groupies viennent aimablement en aide au troll pour les choeurs. Arrive Say It, une chanson "pour se défouler" (ah ? j'entends pas la différence), c'est plutôt l'ennui qui me gagne moi. Bon, c'est vrai, trois jeunes gens devant font le signe du diable et agitent la tête, on frôle l'émeute, on dirait presque No One is Innocent (... celui de maintenant, sans les bons musiciens...)
Ca enchaîne avec un slow et des jolis lasers, qui ne suffisent pas à retenir quelques personnes qui commencent à partir (j'avoue y songer depuis un moment aussi). Il est donc temps de dégainer Tonight, qui s'avère assez urticante en live. En tout cas le chanteur n'a pas l'air de croire complètement à son blablah sur la chaude-ambiance-ce-soir... Après 55 minutes, le groupe quitte la scène, les jeunes filles crient un peu, ils reviennent donc sans trop attendre (de peur qu'on s'en aille entre temps ?), pour deux chansons de plus qui ne changeront pas l'impression générale d'ennui poli. 1h15 et sortie de scène sans speech, aucune communion ni même présentation des musiciens - service minimum quoi !
Au final après avoir testé (sérieusement, on en conviendra) Empyr grandeur nature, on doit constater que ça ne le fait pas, ce concept marketing formaté sans âme ni direction artistique, en tout cas pas sans quelques milliers de fanatiques fraîchement pubères qui accompagnaient la Kyosphère et couvraient une musique déjà laborieuse de leurs cris. Je ne veux pas tirer sur une ambulance : cette tournée qui commence ne s'annonce pas franchement triomphale... S'ils m'étaient sympathiques je me serais même abstenu de l'écrire aussi détaillée mais... ils ne me le sont pas. Ni dans ce qu'ils représentent, ni dans ce qu'ils font, y'a rien à sauver.
Et pourtant dieu sait qu'il est possible de jouer du rock avec un son metal en chantant d'une voix variété : faites-leur écouter un titre des Queens of the Stone Age, n'importe lequel, No one Knows ou Little Sister, non de dieu ça c'est du 'pop metal' qui vous remue jusqu'au fond du slip ! D'ailleurs si un(e) lecteur(trice) courroucé me fait cet honneur, au moins je n'aurai pas perdu mon temps. Allez quoi, je vous ai mis les liens ! Et encore, je ne me lance pas dans l'inventaire des jeunes cons punk/garage/metal/emo qui enflamment la scène locale, ce serait trop long... Et ce site est fait pour ça, il y en a au moins un qui joue presque tous les soirs et au moins, eux, ils se lavent la figure avant de monter sur scène...
Live report paru initialement sur Live in Marseille.
Philippe
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