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Samedi 25 Avril 2009 - 21h - Poste à Galène - Marseille Dig Up Elvis |
Suite d'une riche semaine en rock à Marseille, après The Legendary Tiger Man, The A-Phones & Ich Bin Dead, et avant Bonnie Prince Billy : voici venu le groupe de rock du prometteur Julien Doré, portant le bien classieux nom de Dig Up Elvis. Evidemment, une telle étiquette d'artiste, ça vous disqualifie rapidement au niveau de ce qu'on appellera le public rock pointu de Marseille, qui a priori et sauf erreur ne s'est absolument pas déplacé. Pourtant une rapide enquête auprès de gens recommandables par ailleurs, faite hier soir à la Machine à Coudre, prouve qu'aucun d'entre eux (on pouvait s'y attendre) n'a jamais écouté le pourtant bel et bon premier album du jeune crooner blondinet.
Il n'est donc pas question ici de goûts mais bien d'une absence de curiosité, qu'on ne peut que regretter (une fois de plus) : Tant pis pour eux. Julien Doré persiste en effet dans l'imaginaire collectif comme celui qui est passé au télé-crochet (faute originelle impardonnable qu'il traînera au moins deux albums, c'est le tarif), et puis d'un point de vue live, force est de constater que ses prestations en solo sont plus ou moins appréciées selon les spectateurs, qu'en tout cas elles semblent largement perfectibles. Raison de plus pour commencer par le voir dans une configuration qui doit peut-être l'amuser davantage... c'est-à-dire son groupe de rock originel.
On a bien fait de venir à l'heure, il n'y a pas d'avant-groupe (Hey, le Moulin, vous nous avez habitués à mieux ?). Le public fait apparaître une proportion importante de jeunes filles entre 12 et 20 ans, comme on pouvait s'y attendre, et donc parfois de leurs parents. Il y en a cependant nettement moins qu'à un concert des épuisants BB Brunes et le mur du son insupportable des hurlements de filles ne sera jamais franchi ce soir. Il est vrai que celles qui sont venues se sont au moins suffisamment intéressé à JD pour aller jusqu'à écouter sur Myspace son groupe d'origine (et dans un style peu vendeur !) : mesdemoiselles, chapeau bas et bienvenue à un vrai concert de rock donc ! Il y a aussi pas mal de filles un peu plus âgées, commes celles qui m'accompagnent, qui ont simplement fait le constat qu'il y avait là un beau petit mec et surtout, une voix d'exception. Bref, le public est quand même assez féminin.
Le groupe de trois musiciens arrive sur scène en ordre dispersé, à la suite du guitariste en poncho (qui commence par quelques chouettes glissades sursaturées au bottle-neck). On en parlera peut-être plus trop ensuite, alors précisons que ce groupe est très bon, sonore et en place - on sent qu'ils ont de la bouteille, malgré un moyenne d'âge que je situerais à 25 ans. Le chanteur arrive accompagné d'une sage mais irréprochable chanteuse (avec une tessiture élégante du style Olivia Ruiz), à qui il ne volera absolument pas la vedette. Il affiche une impressionnante choucroute blonde sur la tête, qui s'affaissera cependant au fil du concert - quand ses tatouages apparaîtront à travers de son T-shirt trempé.
On doit avouer une relative ignorance de ses titres (seulement écoutés sur Myspace où ils sont référencés rock garage pop coréenne), qu'on va donc re-découvrir ce soir, d'autant qu'il n'y a sauf erreur pas de disque à vendre. Ca commence par un bon rock des familles, French TV, groovy et racoleur juste ce qu'il faut pour allumer la salle - plaisant ! On remarque qu'il y a quand même beaucoup de "pass photos", ce soir... Toujours amusant de voir qu'on fait tout dans les règles, avec pass photo officiel, sans flash etc. et qu'on se retrouve entouré de photographes amateurs, travaillant sans complexes au flash-pleine-face à un mètre des artistes... Enfin, j'imagine que de la scène, quand on fait du rock, les flash, c'est plutôt agréable !
Le groupe alterne les titres de vitesse variées, entre le rock garage nerveux et la pop maladive (Coït in Laguna), qui finissent le plus souvent par des cris et hurlements de madame et monsieur (très musicaux, les cris et hurlements, cf la dérangée Melodrama in Helsinki !), et des attitudes amusantes de psychopathe essayant de sortir de sa camisole. De façon générale Dig Up Elvis affiche le juste compromis entre auto-dérision ("on s'est reformés, juste pour le fric évidemment"), exubérance du personnage central, et classe naturelle d'une bande tout à fait en place. On pense à pas mal de choses au fil des titres, et notamment sur ceux, garage-pop à voix de fille et de garçon, de nos bien-aimés Lo locaux - ils boxent assurément dans la même catégorie. Peut-être que ça parlera à certains lecteurs, qui sait ?
A l'occasion d'un passage au bar, alors qu'on commente la belle prestation de la petite chanteuse, petit incident rigolo : une femme hilare se retourne et nous dit "vous l'aimez, c'est vrai ? c'est ma soeur !"... Ce qui sera l'occasion d'en apprendre des amusantes sur le chanteur... [Séquence Gala : La demoiselle avec qui il chante est une ancienne petite-amie, c'est elle qui l'a inscrite à la Nouvelle Star, d'ailleurs c'est son frère qui joue à la guitare ou à la basse. Et enfin, il a également été inscrit par elle à la Star'Ac, d'où il s'est fait bananer comme une merde, l'honneur est donc sauf !]... Par ailleurs il apparaît que ce groupe a beaucoup tourné dans les bars de Nîmes, sa ville d'origine. Bref, Dig Up Elvis c'est une petite entreprise familiale et artisanale et, accessoirement, j'en fais l'hypothèse, l'un des meilleurs sinon le meilleur groupe de rock gardois en activité.
Car si les BB Brunes écoutent les Cramps (ha ha), eh bien les Dig up Elvis les jouent ou s'en approchent (Bach Rickenbacker)... ça fait toute la différence pas vrai ? Par moments, on croit aussi entendre le rock maudit de Wovenhand, plus tard on pense à la furie pop dissonante des premiers Placebo, il y aura aussi une allusion transparente au Velvet Underground et quelques passages un peu B 52's... Bref c'est très référencé, comme souvent pour les jeunes groupes, mais sans grosses fautes de goûts, on en conviendra ! Et puis ça n'en reste pas moins efficace et bien joué, ça sonne quoi ! C'est en anglais non sous-titré, Julien Doré n'est ni manchot ni frimeur à la guitare, sur laquelle il effectue posément certains des soli, sans ostentation. 55 minutes plus tard, après une pétaradante Mona Lisa, le groupe sort hélas déjà de scène - on pressentait une prestation courte mais quand même !?
Leur rappel se fait cependant sans encombres - une fois que j'ai expliqué à mes amies qu'elles devaient elles aussi crier un peu au lieu de se foutre de moi, que rappeler un artiste, c'est comme voter Jospin au premier tour : même si c'est chiant et pesant, il faut juste se mouiller, et ne pas toujours croire que quelqu'un d'autre va le faire à votre place. Bref une fois qu'on a bien crié, ils arrivent tous une canette à la main, chanteuse compris (décidément cette fille a toutes les qualités). C'est pour effectuer leur indéniablement chouette reprise punk-rock de I Predict a Riot (la bonne chanson des Kaiser Chiefs, sans son refrain) et une dernière saillie appelée Oh, Oh d'après set-list.
Suite à notre insistance, ils reviendront même pour un titre ultime (hors set-list, donc vrai bonus), où le chanteur danse comme un damné, fait mine de tomber dans le public, et nous quitte plutôt enchantés de la prestation, de lui-même comme de son groupe très affuté. Bon à vrai dire, on n'a pas bien ressenti en quoi il était urgent de déterrer Elvis (traduction littérale du nom), puisqu'on est assez loin du son ou même de l'inspiration du King. Peu importe, à l'issue du concert, comme après l'écoute de son premier disque, on se sent pleinement confiant pour réaffirmer que ce jeune homme n'a pas encore vendu son cul, qu'il est doué et qu'il sait où il va. Et on a apprécié qu'il se fonde avec humilité dans son gang, qui serait tout à fait recommandable même sans lui.
Bonne route, jeune homme, puissiez-vous continuer à vous amuser sur scène avec vos potes !
Live report paru initialement sur Live in Marseille.
Philippe
Photos : Céline
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